Khazarians
le plan Yinon est une campagne pour diviser en plusieurs nations arabes afin de permettre à Israël de progresser sans entrave.
Ironiquement, c'est l'un des projets les plus inhumains et barbares de l'ère moderne, jouant sur l'ancien principe du diviser pour régner, et pourtant il est à peine mentionné ou discuté lors de la couverture médiatique du Moyen Orient gardé bizarrement secret.
Israel's Sacred Terrorism de Livia Rokach
Introduction
- L'ouvrage vise à démonter le mythe de la sécurité d'Israël est utilisé pour justifier l'usage massif de fonds publics et les violations du droit international.
- Le journal personnel de Moshe Sharett (octobre 1953-novembre 1957) est présenté comme une source documentaire majeure et fiable.
- Thèse centrale: l'establishment politico militaire israélien n'a jamais cru sérieusement à une menace arabe existentielle, il a au contraire cherché à exacerber les tensions pour provoquer des confrontations militaires.
- Les tactiques utilisées incluent: opérations militaires contre des populations civiles (Cisjordanie, Gaza), attaques contre des installations militaires arabes, opérations terroristes clandestines en profondeur.
- Les objectifs stratégiques: conquêtes territoriales, dispersion des réfugiés palestiniens, démembrement du monde arabe et création de régimes fantoches.
- Le journal contredit plusieurs vérités historiques: la guerre de 1956 était planifiée dès 1953, l'occupation de Gaza et de la Cisjordanie était envisagée dès les années 1950, le plan de christianisation du Liban date de 1954, bien avant la présence palestinienne.
- Sharett lui même est décrit comme un modéré dont l'opposition était quantitative et qui a fini par collaborer avec ses adversaires.
Chapitre 1 : Moshe Sharett et son journal personnel
- Moshe Sharett (Shertok) est né en 1894 à Harsson (Russie), sa famille émigre en Palestine en 1906 et s'installe à Ein Sinya, village arabe près de Naplouse.
- Il étudie l'arabe, joue avec les enfants du village et décrit cette période comme la plus heureuse de sa vie.
- Après des études à la London School of Economics, il entre en politique au sein du sionisme travailliste, il est membre fondateur du Mapai et rédacteur en chef de Davar.
- Il succède à Haïm Arlosorov à la tête du département politique de l'Agence juive après l'assassinat de ce dernier en 1933.
- Le conflit avec Ben Gourion, qui dura 25 ans, reposait sur une préférence opposée: Ben Gourion pour la force, Sharett pour la diplomatie.
- Ben Gourion accusait Sharett de sympathies pour Weizmann et d'opposition à la création de l'État, Sharett niait ces accusations.
- Le journal couvre octobre 1953 – novembre 1956 (dernières années de Sharett comme ministre des Affaires étrangères, puis Premier ministre par intérim), et se prolonge jusqu'en 1957.
- La nature intime du journal en fait une garantie rare de crédibilité, contrairement aux mémoires écrits pour publication.
- La famille de Sharett a fait pression pour empêcher ou censurer la publication ; son fils Ya'acov a finalement décidé de publier l'intégralité.
Chapitre 2 : Ben Gourion part à Sdeh Boker-la retraite spirituelle comme tactique
- Le 9 octobre 1953, Sharett commence son journal, Ben Gourion annonce son intention de se retirer du gouvernement.
- La retraite est présentée publiquement comme un exercice spirituel pour galvaniser la jeunesse sioniste et la colonisation du Néguev.
En réalité, l'État dépense des millions pour construire une cabane à Sdeh Boker et des arrangements de sécurité/communications, Ben Gourion sait déjà que son absence durera deux ans.
- L'establishment sécuritaire dispose déjà de plans d'expansion territoriale: les lignes d'armistice de Rhodes (pourtant un tiers plus grandes que le plan de partage de l'ONU) sont jugées insatisfaisantes, l'armée veut au moins les frontières de la Palestine mandataire.
- La stratégie de déstabilisation régionale est déjà dessinée, son pivot opérationnel est la politique dite de représailles.
- Les conditions internationales doivent être préparées: aide économique et militaire de l'Occident, et prévention d'un rapprochement Occident–monde arabe.
- La retraite formelle de Ben Gourion et son remplacement par le modéré Sharett sont interprétés par la diplomatie internationale comme un signe qu'Israël ne va pas vers la guerre.
- À court terme, le dessein israélien vise à ralentir les négociations entre États arabes et Occident pour l'armement, tout en crédibilisant le mythe de la sécurité sous la direction de Sharett.
- Ben Gourion conserve en fait le contrôle des véritables canaux de commandement.
Chapitre 3: La représailles pour la guerre
- Le 11 octobre 1953, Sharett note que le président Ben Zvi espère une offensive égyptienne qui justifierait l'occupation du Sinaï.
- Ben Gourion informe Sharett que Pinhas Lavon, partisan de la politique de représailles, sera ministre de la Défense, et que Moshe Dayan sera chef d'état-major.
- Sharett qualifie Dayan de soldat seulement en temps de guerre, politicien en temps de paix, Ben Gourion admet la justesse de cette définition.
- Le climat international est défavorable à Israël: les États-Unis arment la Syrie et l'Irak, et bientôt l'Égypte, Israël viole les demandes de l'ONU sur le détournement du Jourdain.
- Le général danois Wagen Benike (chef des observateurs de l'ONU) accuse Israël de travailler sur des terres arabes et de « modifier stratégiquement le terrain, Sharett se dit fait passer pour un menteur devant le monde entier.
- Sharett tente de bloquer l'opération de représailles de Kibya, mais Lavon passe outre avec l'accord de Ben Gourion.
- L'opération de Kibya (octobre 1953) détruit des dizaines de maisons et tue des dizaines de civils, Sharett se dit horrifié et déprimé par son sentiment d'impuissance.
- Le cabinet publie un communiqué attribuant l'attaque à des colons civils exaspérés, ce que Sharett juge non crédible.
- Sharett condamne Kibya comme exposant Israël comme une bande de sanguinaires capables de massacres de masse.
- La politique de représailles vise en réalité à : terroriser les populations, déstabiliser les régimes arabes, et pousser à l'éloignement des réfugiés palestiniens des frontières.
- Le 19 octobre 1953, Ben Gourion expose au cabinet les préparatifs militaires pour le second round et prédit que la puissance militaire arabe atteindra son apogée en 1956 - ce qui signifie qu'Israël fera la guerre d'ici là.
- Le colonel Matti Peled informe des dirigeants sionistes américains que l'armée considère la frontière jordanienne comme inacceptable et planifie la guerre pour occuper le reste de l'Eretz Israel occidental.
- Sharett impose un embargo sur les actions de représailles non autorisées, mais des incursions clandestines continuent.
- En janvier 1954, Dayan propose des plans d'action directe contre l'Égypte (forcement du blocus d'Eilat, conquête de Ras-e-Naqueb ou de la bande de Gaza) ; Sharett lui demande s'il réalise que cela signifie la guerre avec l'Égypte - Dayan répond bien sûr.
- Ben Gourion rejette la proposition de Lavon d'attaquer immédiatement Gaza, mais suggère de concentrer l'action contre la Syrie.
Chapitre 4: Une opportunité historique d'occuper le sud de la Syrie
- Lors de la réunion du 31 janvier 1954, Dayan expose ses plans: forcer le blocus d'Eilat, agir contre l'interférence syrienne avec la pêche israélienne au lac de Tibériade, et si l'Irak envahit la Syrie, avancer militairement et créer des « faits accomplis ».
- Le 25 février 1954, des troupes syriennes se révoltent à Alep contre le régime de Chichakli, Lavon tente de convaincre Sharett d'occuper les positions syriennes au-delà de la zone démilitarisée, parlant d'« opportunité historique ».
- Sharett refuse, craignant un abîme d'aventure désastreuse, il demande d'attendre une réunion avec Ben Gourion.
- Le 27 février, Lavon et Dayan rapportent à Ben Gourion que ce qui s'est passé en Syrie est une action irakienne typique et proposent à nouveau l'invasion, Ben Gourion, « électrifié », accepte ; Sharett réitère son opposition.
- Le cabinet approuve la position de Sharett et rejette l'appel de Lavon, Lavon déclare que les États-Unis sont sur le point de nous trahir et qu'il faut démontrer notre force.
- La frontière syrienne était généralement calme, les tensions étaient presque toujours dues à des provocations israéliennes (travaux d'irrigation sur terres arabes, patrouilles militaires contre pêcheurs syriens).
- En décembre 1954, Israël détourne un avion civil syrien et retient les passagers 48 heures, Sharett écrit à Lavon que « nous n'avions aucune justification whatsoever et dénonce l'étroitesse d'esprit et la myopie de nos chefs militaires.
- Cinq soldats israéliens sont capturés en territoire syrien alors qu'ils installaient des écoutes téléphoniques, l'un se suicide en prison ; la version officielle israélienne parle d'enlèvement en territoire israélien et de torture.
- Sharett note que Dayan veut prendre des otages syriens pour obtenir la libération des prisonniers israéliens à Damas.
- En juillet 1955, un ex-Premier ministre syrien (Hosni Barazi) propose ses services à Israël en échange d'argent pour des journaux, des personnalités et des partis politiques.
- En juin 1956, l'conseiller arabe de Sharett, Josh Palmon, rapporte que les contacts avec Chichakli ont été renforcés et que des lignes directrices pour son retour au pouvoir ont été établies.
- Aucune de ces opportunités historiques syriennes ne se matérialise, mais Israël n'abandonne jamais ses plans d'installer un régime fantoche à Damas.
Chapitre 5 : Créons un État maronite au Liban
- Lors de la réunion du 27 février 1954, Ben Gourion propose de pousser les Maronites à proclamer un État chrétien au Liban.
- Sharett répond que c'est absurde : les Maronites sont divisés, les partisans du séparatisme chrétien sont faibles, et un Liban chrétien signifierait abandonner Tyr, Tripoli et la Bekaa.
- Ben Gourion réagit avec fureur, énumère les justifications historiques d'un Liban chrétien restreint, et insiste pour envoyer des émissaires et dépenser « un million de dollars » si nécessaire.
- Dans une lettre du 27 février 1954, Ben Gourion développe longuement son plan: le Liban est le maillon faible de la Ligue arabe, la création d'un État chrétien est un acte naturel avec des racines historiques, il faut agir rapidement et à toute vapeur.
- Ben Gourion écrit: Le but ne sera pas atteint sans une restriction des frontières du Liban et évoque la nécessité de trouver des hommes au Liban prêts à mobiliser pour un État maronite.
- Sharett répond le 18 mars 1954 par une longue lettre détaillant les raisons pour lesquelles le plan est irréalisable: les chrétiens ne sont pas majoritaires, ne sont pas un bloc uni, les orthodoxes penchent vers la Syrie, les Maronites soutiennent des leaders pragmatiques ayant abandonné le rêve d'un Liban chrétien.
- Sharett ajoute des arguments économiques: le Mont-Liban est économiquement intégré à Tyr, Sidon, la Bekaa et Tripoli ; un retour en arrière signifierait « le suicide économique du Liban ».
- Sharett conclut qu'il n'aurait pas objecté à soutenir une agitation maronite existante, mais qu'« il est impossible d'insuffler la vie à un corps mort ».
- Le 16 mai 1954, lors d'une réunion de hauts responsables, Ben Gourion relance la question libanaise ; Dayan propose de « trouver un officier, même juste un major », de le gagner ou de l'acheter pour qu'il se proclame « sauveur de la population maronite », puis l'armée israélienne entrerait au Liban, occuperait le territoire nécessaire et créerait un régime chrétien allié à Israël.
- Dayan précise que le territoire du Litani vers le sud serait « totalement annexé à Israël ».
- Sharett accepte de créer une commission mixte (Affaires étrangères + armée) pour les affaires libanaises, mais qualifie le plan de Dayan d'« aventure folle ».
- Le 22 septembre 1954, un bus est attaqué en Galilée ; Dayan demande des représailles contre le Liban, mais Sharett oppose son veto.
- Le plan est suspendu lorsque, le 1er octobre 1955, les États-Unis donnent à Israël le « feu vert » pour attaquer l'Égypte ; les énergies se concentrent sur la préparation de la guerre de Suez.
- L'alliance militaire avec la France (1956-1967) empêche Israël de démanteler le Liban, considéré comme appartenant à la sphère d'influence française.
- Les bombardements israéliens du sud-Liban ne commenceront qu'en 1968, après la guerre de 1967 et le passage de l'alliance française à l'alliance américaine.
Chapitre 6 : Le terrorisme sacré
- Le 17 mars 1954, un bus est attaqué à Ma'aleh Ha'akrabim: dix passagers tués, quatre survivants.
- Les témoignages des survivants mentionnent des Bédouins et cinq hommes en longues robes; le colonel Hutcheson, président américain de la Commission d'armistice, conclut officiellement qu' il n'est pas prouvé que tous les meurtriers étaient arabes.
- Dans un rapport confidentiel, Hutcheson attribue l'attaque à des terroristes cherchant à accroître les tensions et à créer des ennuis au gouvernement en place.
- Les Israéliens quittent la Commission d'armistice et lancent une campagne mondiale contre le terrorisme arabe et la haine sanguinaire des Juifs.
- Ben Gourion, depuis Sdeh Boker, exige l'occupation de territoire jordanien et menace de quitter la direction du Mapai si la politique de Sharett l'emporte.
- Sharett écrit à Ben Gourion qu'une telle étape aurait pu signifier un désastre et peut-être la destruction d'Israël.
- Sharett bloque les actions militaires mais refuse de porter plainte devant le Conseil de sécurité ; Dayan laisse échapper qu'il « n'est pas convaincu que le massacre de Ma'aleh Ha'akrabim soit l'œuvre d'une bande militaire organisée ».
- Le 28 mars 1954, l'armée lance une attaque massive contre le village de Nahlin (près de Bethléem) : des dizaines de civils tués et blessés, maisons démolies, village complètement détruit.
- Sharett note que l'état-major est imprégné d'appétits guerriers et complètement aveugle aux problèmes économiques et aux complexités des relations internationales.
- Une nouvelle stratégie d'agression covert est introduite : de petites patrouilles s'infiltrent en Cisjordanie et à Gaza pour engager des patrouilles militaires isolées ou commettre des sabotages/meurtres, puis les actions sont faussement décrites comme ayant eu lieu en territoire israélien.
- Sharett découvre par hasard le meurtre de sang-froid d'un jeune garçon palestinien et d'autres incidents (l'action de Tel Tsafi, une unité traversant la frontière « par erreur »).
- Le 27 juin, une unité de parachutistes traverse la frontière par erreur sur 13 km en Cisjordanie et attaque la base militaire jordanienne d'Azun.
- Les États-Unis sont convaincus qu'Israël mène une escalade planifiée pour provoquer une guerre et saboter les négociations américaines avec l'Égypte.
- En mars 1955, après l'opération de Gaza, quatre jeunes Israéliens (dont Meir Hartsion) tuent cinq Bédouins innocents en représailles pour la mort d'un couple ; Ben Gourion et Sharett veulent les traduire en cour martiale, mais l'armée couvre les coupables.
- Sharett note qu'« presque personne dans le pays ne condamne les jeunes qui ont assassiné les Bédouins ; l'opinion publique est définitivement de leur côté ».
- L'opération a été organisée avec l'aide active d'Arik Sharon ; Dayan était probablement au courant.
- Sharett écrit: Dans les années trente, nous retenions les émotions de vengeance... Maintenant, au contraire, nous justifions le système de représailles... nous avons éliminé les freins mentaux et moraux... pour ériger la vengeance en valeur morale... un principe sacré ».
- En 1961, Sharett revient sur cet épisode et dénonce l'insensibilité aux actes répréhensibles et la corruption morale : « Pour nous, un acte répréhensible n'est en soi rien de sérieux, nous ne nous réveillons que si la menace d'une crise ou d'un résultat grave est impliquée.
Chapitre 7 : L'affaire Lavon : le terrorisme pour contraindre l'Occident
- Un câble codé est envoyé au réseau d'espionnage israélien en Égypte, activé en juillet 1954 : objectifs centres culturels et d'information, institutions économiques, voitures de représentants britanniques, et toute cible dont le sabotage pourrait entraîner une détérioration des relations diplomatiques.
- Les instructions orales du colonel Benjamin Givli (chef du renseignement militaire) : briser la confiance de l'Occident dans le régime égyptien existant, provoquer arrestations, manifestations et expressions de vengeance, couvrir l'origine israélienne, et prévenir l'aide économique et militaire de l'Occident à l'Égypte.
- Le réseau, composé d'une dizaine de Juifs égyptiens sous commandement d'agents israéliens, bombarde des centres culturels britanniques et américains, des cinémas britanniques et des bâtiments publics égyptiens au Caire et à Alexandrie (2-27 juillet 1954).
- La suspicion est orientée vers les Frères musulmans, le réseau est découvert le 27 juillet quand un membre est pris après l'explosion d'une bombe dans sa poche.
- Sharett, qui ignorait tout du réseau, est informé ce jour-là et commence à rassembler des preuves sur les responsabilités.
- Le 5 octobre, Le Caire annonce le procès imminent, Sharett soutient pleinement la campagne israélienne présentant l'affaire comme une « machination anti-juive.
- Le 13 décembre, Sharett dénonce à la Knesset le complot... et le procès-spectacle... contre un groupe de Juifs... victimes de fausses accusations.
- Sharett sait pourtant que « excepté les deux premiers jours de leur arrestation, où il y a eu quelques coups, le traitement de nos hommes a été absolument décent et humain.
- Deux accusés sont condamnés à mort et exécutés, huit à de longues peines ; les trois commandants israéliens s'échappent et le quatrième se suicide.
- Sharett anticipe les conclusions de la commission d'enquête : Dayan, Peres, Givli et d'autres ont forgé des documents et falsifié des témoignages pour incriminer Lavon.
- Sharett estime que la responsabilité morale de Lavon est inéluctable : Lavon, qui n'a cessé de prêcher des actes de folie et d'enseigner à l'état-major la leçon diabolique de comment mettre le feu au Moyen-Orient.
- Sharett aurait pu changer l'histoire du Moyen-Orient en dénonçant publiquement les responsables et en proposant une alternative, mais il n'a ni le courage ni le tempérament pour une telle action.
- Il se réfugie derrière divers prétextes pour justifier sa passivité : dommage aux accusés du Caire, dommage à l'image d'Israël, scission du Mapai.
- En février 1955, il acquiesce à l'ultimatum implicite des hommes de Ben Gourion et appelle le Vieux à revenir au cabinet comme ministre de la Défense.
- Dayan tente d'organiser un coup d'État avec le soutien de Ben Gourion, d'autres personnes approchées (surtout des jeunes militants du Mapai) rejettent l'idée d'un changement de direction par la violence.
- Teddy Kollek décrit l'état horrible de relations empoisonnées, le déchaînement des plus bas instincts de haine et de vengeance et de tromperie mutuelle au sommet de notre plus glorieuse Ministère [de la Défense].
- Isser Harel rapporte que Givli proposait d'enlever des Égyptiens à Gaza, à Chypre et en Europe, et de faire sauter l'ambassade d'Égypte à Amman en cas de condamnations à mort au Caire.
- Sharett décrit Lavon comme ayant inspiré et cultivé la tendance aventureuse négative dans l'armée et prêché que « ce ne sont pas les pays arabes mais les puissances occidentales qui sont l'ennemi.
Chapitre 8 Nasser: coexistence avec Israël est possible. réponse de Ben Gourion: opération Gaza
- Un responsable de l'ambassade américaine au Caire conclut que Sharett ne contrôle pas les affaires si de telles actions folles peuvent être menées.
- Le State Department craint les provocations israéliennes visant à saboter les relations américano-arabes après le pacte Ankara-Bagdad.
- Les États-Unis tentent deux direction : pression sur Nasser pour négocier avec Sharett, et offre à Israël d'un pacte de sécurité.
- Kermit Roosevelt Jr. (CIA) travaille à la création de contacts entre Israël et l'Égypte; Sharett nomme Yigaël Yadin comme représentant.
- Nasser déclare à Roger Baldwin qu'il croit en la coexistence avec Israël et qu'il ne est pas parmi ceux qui veulent jeter Israël à la mer.
- -Un câble d'Eban indique que les États-Unis sont prêts à signer un accord où Israël s'engagerait à ne pas étendre ses frontières par la force, en échange d'une aide américaine en cas d'attaque.
- Sharett répond qu'Israël accepte une clause de non extension des frontières par la force, mais en aucun cas nous ne devons nous engager à renoncer à des actes hostiles, car cela fermerait la porte à toute possibilité d'actions de représailles.
- Le 17 février 1955, Ben Gourion accepte de revenir au gouvernement comme ministre de la Défense.
- Le 27 février, Ben Gourion et Dayan proposent de frapper une base militaire égyptienne à l'entrée de Gaza ; Sharett approuve le plan.
- L'opération fait 39 morts et 30 blessés égyptiens, dont un enfant de 7 ans ; Sharett est choqué car le nombre change non seulement les dimensions de l'opération mais sa substance même.
- Le porte-parole de l'armée diffuse une fausse versio: une unité israélienne attaquée en territoire israélien a riposté.
- Sharett est tourmenté par la pensée que c'est peut-être mon plus grand échec comme Premier ministre.
- Nasser avait eu un contact personnel avec Sharett et de bonnes chances que les choses évoluent positivement, mais l'attaque de Gaza a tout annulé.
- Le 25 mars 1955, Ben Gourion propose au cabinet d'occuper la bande de Gaza définitivement; la proposition est rejetée par 9 voix contre 5 et 2 abstentions.
- Dayan explique que le pacte de sécurité américain « mettrait des menottes à notre liberté d'action militaire : Nous ne faisons face à aucun danger d'avantage militaire arabe pour les 8-10 prochaines années... Les actions de représailles sont notre lymphe vitale... elles nous permettent de maintenir un haut niveau de tension parmi notre population et dans l'armée.
- Dayan ajoute : Il faut crier que le Néguev est en danger, pour que les jeunes y aillent.
Sharett conclut : Cet État n'a pas d'obligations internationales, pas de problèmes économiques, la question de la paix est inexistante... Il doit voir l'épée comme le principal, sinon le seul, instrument... il doit inventer des dangers... Et surtout espérons une nouvelle guerre avec les pays arabes, pour que nous puissions enfin nous débarrasser de nos problèmes et acquérir notre espace.
- Le 7 octobre 1955, Nasser déclare au New York Time : Aucun Arabe ne dit aujourd'hui que nous devrions détruire Israël. Mais Israël a déjà pris ses décisions.
Chapitre 9 : Disperser les réfugiés palestiniens...
- Une raison importante de l'insistance israélienne sur la politique de représailles était le désir d'exercer une pression permanente sur les États arabes pour éloigner les réfugiés palestiniens de 1949 des lignes d'armistice et les disperser dans le monde arabe.
- Ce n'était pas pour des raisons militaires : le gouvernement israélien était plus intéressé par l'intensification des tensions frontalières que par leur élimination.
- Aucun mouvement de résistance palestinien organisé n'existait à l'époque; le faible niveau d'activités de guérilla était toléré par les régimes arabes pour réduire les tensions internes et maintenir la question à l'agenda international.
- La présence des réfugiés le long des lignes d'armistice était un rappel constant de l'illégitimité des conquêtes israéliennes de 1948-49 et une borne physique sur des frontières qu'Israël ne voulait pas accepter comme définitives.
- Sharett lui même avait totalement rejeté les appels du comte Bernadotte en 1948 pour le retour des réfugiés, et ridiculisé la position du Parti sioniste général en faveur d'un État palestinien indépendant en Cisjordanie.
- Le journal mentionne de nombreuses négociations de ses aides avec des représentants arabes ou des exilés pour réinstaller les Palestiniens en Libye, Syrie ou Irak.
- Le 28 mai 1955, Sharett instruit les ambassadeurs : Il peut y avoir une tentative de parvenir à la paix en nous pressant de faire des concessions sur la question du territoire et des réfugiés. Je les ai mis en garde contre toute pensée de la possibilité de retourner quelques dizaines de milliers de réfugiés, même au prix de la paix.
- Le 15 novembre 1953, le colonel Yitzhak Shani rapporte au cabinet que 20 000 infiltrés se sont installés en Israël en trois ans, et que les évacués refusent de s'installer sur des terres appartenant à des réfugiés de l'autre côté de la frontière.
- Ben Gourion, Dayan et Lavon proposent périodiquement de présenter un ultimatum à l'Égypte : soit elle évacue tous les réfugiés de Gaza et les disperse en Égypte, soit...
- Lors de la discussion du cabinet de mars 1955 sur l'occupation de Gaza, Sharett imagine les conséquences : Supposons qu'il y ait 200 000 à Gaza. Supposons que la moitié s'enfuie ou soit forcée de fuir vers les collines d'Hébron... Il est facile d'imaginer la rage, la haine, l'amertume et le désir de vengeance qui les animeront... Et nous aurons encore 100 000 d'entre eux dans la bande de Gaza.
- Sharett argue que ce que nous avons réussi à accomplir en 1948 ne peut pas être répété chaque fois que nous le désirons et que l'occupation de Gaza ne résoudra aucun problème de sécurité.
- Ben Gourion déclare: Le problème des réfugiés est certes une épine dans le pied, mais nous les chasserons vers la Jordanie.
Chapitre 10 : ... et renverser le régime de Nasser
- Lors de la même réunion du cabinet, Ben Gourion tente de prouver que l'Égypte aspire à dominer l'Afrique et que Nasser ne réagira probablement pas à l'occupation de Gaza car son régime est basé uniquement sur l'armée.
- Ben Gourion affirme que les États arabes ne viendront pas à l'aide de Nasser et que les puissances occidentales ne réagiront pas militairement ; notre force est dans l'accomplissement de faits c'est le seul moyen pour nous de devenir un facteur politique qui doit être pris en considération.
- Le but principal d'Israël était d'empêcher une alliance entre l'Occident et le monde arabe, en particulier avec l'Égypte la plus importante nation arabe. Cela n'avait rien à voir avec la sécurité d'Israël.
- La politique de Ben Gourion visait à empêcher l'imposition de garanties à l'État sioniste par les États-Unis, garanties qui impliqueraient nécessairement un accord minimum entre Israël et le monde arabe (définition des frontières, solution honorable pour les réfugiés palestiniens).
- L'utilisation de la force était le seul moyen pour Israël de devenir une puissance hégémonique dans la région, éventuellement en alliance avec l'Occident.
- Nasser devait être éliminé non pas parce que son régime constituait un danger pour Israël, mais parce qu'une alliance entre l'Occident et son leadership prestigieux mènerait inévitablement à un accord de paix qui relativiserait l'État sioniste comme une simple société nationale parmi d'autres dans la région.
- Sharett exprime des doutes sur la croissance de la puissance militaire égyptienne : cette année toutes les énergies de l'armée [égyptienne] ont été absorbées par les conflits internes... Environ 500 officiers, parmi les meilleurs, ont quitté les services militaires.
- Ben Gourion déclare au cabinet que « Nasser est l'ennemi le plus dangereux d'Israël et complote pour la détruire sans que Sharett ne sache d'où il tire cette confiance.
- Les responsables israéliens sont instruits de convaincre les gouvernements occidentaux que l'instabilité du régime de Nasser le rend indigne de l'aide occidentale.
- Aboud Pacha, capitaliste égyptien proche de Nasser, rapporte que la position de Nasser est instable dans ses propres rangs.
- Israël maintient des contacts avec des exilés du Wafd à Londres et cherche à détacher le Soudan de la dépendance économique à l'Égypte.
- L'administration Eisenhower est divisée ; le State Department presse pour une alliance Occident–monde arabe et considère un accord Washington–Le Caire essentiel.
- Les demandes égyptiennes d'armements défensifs n'aboutissent qu'à un pistolet décoratif offert au général Neguib ; aucune aide économique significative n'atteint l'Égypte ; l'engagement de Dulles sur le barrage d'Assouan s'évanouit.
- Le 8 août, Ben Gourion critique publiquement la politique de Sharett et annonce que le devoir du ministre des Affaires étrangères sera désormais d'« expliquer au monde les politiques de sécurité du ministère de la Défense.
- Fin septembre 1955, l'Égypte signe un accord d'armement avec la Tchécoslovaquie pour assurer sa survie et son autodéfense.
- Le 1er octobre, un câble classifié de Washington (Kermit Roosevelt, CIA) : Nous sommes surpris de votre silence » ; à la question de savoir si Israël est censé aller à la guerre, la réponse est : si, quand les armes soviétiques arrivent, vous frappez l'Égypte, personne ne protestera.
- Ben Gourion déclare au cabinet : s'ils obtiennent vraiment des Migs... je soutiendrai leur bombardement! Nous pouvons le faire!
- Isser Harel conclut que les États-Unis souhaitent renverser Nasser mais n'osent pas utiliser les méthodes employées au Guatemala (1954) et en Iran (1953) ; il préfère que son travail soit fait par Israël.
- Harel propose sérieusement d'occuper la bande de Gaza maintenant : la découverte de pétrole près de la bande de Gaza... sa défense exige de dominer la bande — cela seul vaut la peine de traiter la question ennuyeuse des réfugiés.
- Exactement un an plus tard, les troupes de Dayan occupent Gaza, le Sinaï et les détroits de Tiran, et se déploient le long du canal de Suez.
- Six mois auparavant, Sharett avait été éliminé du gouvernement par décision personnelle de Ben Gourion ; la présidence du Conseil avait été reprise par le Vieux en novembre 1955, un mois après le feu vert américain.
- Une campagne de whispers vicieuse avait été montée pour présenter Sharett comme incapable d'obtenir les armes nécessaires à la défense d'Israël.
- Sharett décrit son départ : «Autour de la table, ils étaient tous assis en silence. Aucun de mes collègues n'a levé la tête pour me regarder. Personne ne s'est levé pour me serrer la main... Ainsi j'ai traversé toute la longueur de la salle de réunion, et je suis parti.
- Les États-Unis autorisent la France à détourner vers Israël des avions Mirage déjà affectés à l'OTAN ; au moment de l'offensive de Suez, les États-Unis feignent la surprise et l'indignation, mais font une distinction claire entre le Royaume-Uni et la France, rivaux battus dans la lutte inter-impérialiste, et Israël.
- Le retrait israélien de Gaza et du Sinaï n'est obtenu que quatre mois plus tard, grâce à une forte pression soviétique.
- La thèse de Sharett que la survie d'Israël serait impossible sans le soutien de l'Occident, mais que la moralité occidentale ne permettrait jamais de soutenir un État juif qui se comporte selon les lois de la jungle est réfutée par les faits: l'Occident, en particulier les États-Unis, s'est laissé effrayer ou faire chanter pour soutenir les ambitions mégalomanes d'Israël, car une relation objective de complicité existait déjà.
- Sharett conclut : Je continue à me répéter : admets que tu es le perdant ! Ils ont montré beaucoup plus d'audace et de dynamisme... ils ont joué avec le feu, et ils ont gagné. Admets que le bilan de la guerre du Sinaï est positif. Évaluations morales mises à part, l'importance politique d'Israël dans le monde a énormément grandi... Tu restes seul. Seul ton fils Coby est avec toi. Le public, même ton propre public, ne partage pas ta position.

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